domingo, 1 de abril de 2012

La Sordera de Beethoven

 

Comment la surdité de Beethoven a sculpté sa musique

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 30.12.11 | 13h37   •  Mis à jour le 03.01.12 | 14h55

Portrait de Beethoven, peint par l'Allemand Joseph Karl Stieler en 1820.Beethoven-Haus Bonn

Près de deux cents ans après sa mort, la surdité de Ludwig van Beethoven (1770-1827) et son impact sur son oeuvre musicale continuent de passionner les chercheurs. En analysant les quatuors à cordes du compositeur allemand, une équipe néerlandaise affirme aujourd'hui que leur teneur en notes aiguës a sensiblement diminué au cours du temps, parallèlement à l'altération de son audition. Ce travail étonnant, conduit par Edoardo Saccenti (université d'Amsterdam), a été publié, le 20 décembre, dans le British Medical Journal.

Faute de dossier médical (l'audiogramme n'a été inventé qu'à la fin du XIXe siècle), la surdité de Beethoven est principalement documentée par ses correspondances. Si l'origine des troubles reste hypothétique – syphilis pour les uns, atteinte associée à une inflammation digestive chronique pour les autres –, il est certain qu'ils ont commencé à se manifester avant la trentaine, vers 1798.
En 1805, le musicien rapporte des difficultés à entendre les instruments à vent lors des concerts. Gêné tout autant par la baisse de l'audition que par des acouphènes, Beethoven a recours à des cornets acoustiques à partir de 1814. Et il s'emmure peu à peu dans le silence. Lors de la première représentation publique de sa Neuvième symphonie, en 1824, à Vienne, il est totalement sourd.
Pour évaluer le retentissement de ces troubles auditifs sur la création musicale de Beethoven, Edoardo Saccenti et ses collègues se sont intéressés aux partitions de ses seize quatuors à cordes, dont la composition s'est étalée sur plus de vingt-cinq ans. Et plutôt que de les classer en trois périodes comme il est d'usage avec la musique de ce compositeur, ils les ont répartis en quatre groupes, corrélés à l'évolution de son handicap.
Les quatuors précoces (opus 18), composés en 1798-1800, correspondent au début de la gêne auditive ; les deux groupes suivants (opus 59, écrits en 1805-1806 ; et opus 74 et 95, 1810-1811) à un stade plus évolué, et les quatuors tardifs (opus 127 à 135, composés entre 1824 et 1826) renvoient à la phase supposée de surdité totale.
Prenant comme repère un sol5 (fréquence de 1 568 hertz), les chercheurs ont analysé pour chaque partition la répartition des notes dans le premier mouvement du premier violon. Le pourcentage de notes aiguës, 8 % dans les premiers quatuors, a chuté à moins de 2 % en 1810, avant de remonter légèrement (4 %) dans ses ultimes créations. Pour les auteurs de l'étude, Beethoven a progressivement privilégié les sons médium et graves, qu'il percevait mieux ; puis, une fois privé de tout son extérieur, il est revenu à son monde musical intérieur. Ces chercheurs, dont les conclusions contredisent partiellement des travaux précédents, suggèrent d'étendre cette méthode d'analyse à l'intégralité de l'oeuvre de Beethoven. Un travail monumental, comme sa musique.
Sandrine Cabut

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